Fra-Del

Le perlage : perles, paillettes et les deux façons de les broder

18 août 2026

Sommaire
Fleur blanche
Fleur blanche · Pétales brodés avec paillettes et perles blanches sur toile

Dans un atelier de broderie de couture, les perles n’arrivent pas en sachet mais en bottes : des écheveaux de fils déjà chargés de milliers de perles enfilées, prêtes à couler vers le tissu. Ce détail de logistique dit l’essentiel du perlage : il existe deux mondes, celui où l’on pose les perles une à une à l’aiguille, et celui où elles arrivent en continu, pré-enfilées, sous le crochet. Cet article traverse les deux, et tout ce qu’il faut savoir entre les deux : les perles elles-mêmes, les paillettes, les fils, la solidité.

Le perlage, la broderie perlée et leurs trois mondes

Le mot perlage recouvre trois pratiques qui ne se ressemblent pas. Le perlage de bijouterie brode des perles sur un support rigide qui sera découpé et porté. Le perlage de couture couvre des vêtements : il doit être rapide, léger et solide au porté. Le perlage d’art, le mien, pose les perles sur une toile destinée au mur : le poids importe moins, la lumière importe plus. Les gestes se recoupent, mais chaque monde a sa méthode reine, et la confusion entre les trois explique la moitié des mauvais conseils qu’on lit.

Connaître ses perles avant de broder

Tout part de la perle, et deux grandes familles se partagent le perlage :

  • Les rocailles tchèques, légèrement irrégulières, en forme d’anneau arrondi. Leur inégalité n’est pas un défaut : posée en masse, elle fait une surface vivante, qui accroche la lumière de partout.
  • Les perles japonaises (Miyuki, Toho), très calibrées, au trou plus large qui pardonne les doubles passages de fil. Les délicas, cylindriques et quasi identiques entre elles, s’alignent comme des briques : parfaites pour le graphique, plus froides pour la matière.

S’y ajoutent les tubes (bugles), qui dessinent des traits, les charlottes à facette coupée, qui jettent un éclat sec, et toutes les tailles, notées à rebours : plus le chiffre est grand, plus la perle est petite. Le choix n’est pas une question de qualité mais d’effet : régularité pour les lignes nettes, irrégularité pour les surfaces qui vibrent.

Les paillettes, l’autre moitié du perlage

Oubliées de presque tous les guides, les paillettes font pourtant la moitié du travail en couture. Deux formes : plates, et cuvettes, creuses, qui concentrent la lumière au centre. Quatre poses principales :

  1. Le point apparent, qui traverse le trou et se voit : assumé, graphique.
  2. Le point invisible, caché sous la paillette suivante qui le recouvre.
  3. L’arrêt par perle : le fil sort du trou, traverse une petite rocaille, redescend par le même trou. La perle verrouille la paillette et ajoute un point de lumière.
  4. L’écaille : les paillettes se recouvrent en rangs décalés, comme la peau d’un poisson, et le tissu disparaît.

Posées en ligne serpentine, elles font le vermicelle, le remplissage classique des ateliers. Sur ma toile Fleur noire, des paillettes noires semées sur les pétales font exister une fleur noire sur fond noir : sans leurs éclats, elle disparaîtrait.

Poser les perles à l’aiguille : les gestes du perlage

La méthode accessible à tous, et la plus précise. Le répertoire tient en cinq gestes, chacun avec son usage :

  • Une à une, fil doublé de retour : la pose la plus solide, une perle par point, repiquée une seconde fois. C’est ainsi que sont cousues les perles dorées dans les plis de Satin noir, et les centaines de perles rosées qui cerclent Soleil rouge.
  • Au point arrière par deux ou trois : on enfile deux ou trois perles, on pique, on revient traverser la dernière. Plus rapide, assez solide, la pose des lignes.
  • Le rang couché : un fil porte toutes les perles du rang, un second fil le couche sur le tissu entre les perles, tous les deux ou trois grains. La pose des longues courbes et des cernés, comme les rangs qui bordent les pétales de Singapour.
  • La perle d’arrêt : une grosse perle tenue par une petite, le fil remontant à travers la première et bloqué par la seconde. Pour les perles posées debout.
  • Les tubes : posés bout à bout comme des traits de plume ; toujours vérifier le bord, parfois coupant, qui use le fil.

Soleil rouge, anneau de centaines de perles cousues une à une

Soleil rouge : des centaines de perles, posées une à une

Le perlage de couture : perles pré-enfilées et crochet de Lunéville

Voici la méthode que presque personne n’explique, celle des ateliers de broderie haute couture. Les perles sont d’abord pré-enfilées sur le fil de travail, en bottes. Le tissu, tendu sur un métier, se travaille par l’envers : le brodeur ne voit pas les perles, qui pendent sous l’ouvrage. À chaque point de la chaînette au crochet de Lunéville, il amène une perle contre le tissu ; la chaînette avance, les perles se posent en file régulière de l’autre côté. La main gauche dose, la main droite pique, et le geste devient un débit : là où l’aiguille pose une perle, le crochet en pose dix. C’est pour cette vitesse, et cette régularité de machine à la main, que les ateliers comme Lesage perlent au crochet depuis plus d’un siècle. Le prix d’entrée : travailler à l’aveugle, et défaire toute la file si un point lâche.

Fils, aiguilles et solidité de la broderie perlée

Le fil est le point faible de tout perlage : il frotte dans des trous de verre à chaque passage. Coton glacé ou ciré, polyester de couture doublé, ou fils spéciaux en nylon ; dans tous les cas, cirer le fil et le renouveler souvent. L’aiguille doit passer deux fois dans la plus petite perle du projet : tester avant de commencer, pas au milieu du rang. Enfin la solidité se joue aux arrêts : arrêter le fil tous les quelques centimètres plutôt qu’en fin de rang, pour qu’un accroc ne libère jamais qu’une poignée de perles. Une broderie perlée ne se lave pas ; elle se dépoussière, comme expliqué dans l’article Encadrer une broderie.

Le perlage dans mes toiles

Sur une toile accrochée au mur, la perle change de rôle : elle n’orne plus un vêtement qui bouge, elle fixe la lumière dans une image immobile. Le poitrail d’Edwige scintille de perles d’argent sous des plumes piquées de sequins ; Dame blanche est semée de perles minuscules, posées pour se deviner plutôt que briller ; les pétales de Fleur blanche sont couverts de paillettes et de perles blanches jusqu’à la dernière, un blanc qui s’allume quand on passe devant. Trois usages, trois densités : la perle compte moins que l’endroit exact où elle s’arrête.

Questions fréquentes

Quelle différence entre le perlage à l’aiguille et le perlage au crochet de Lunéville ? Le perlage à l’aiguille pose les perles une à une ou par petits groupes, par l’endroit du tissu : lent, précis, accessible à tous. Le perlage au crochet de Lunéville travaille par l’envers, avec des perles pré-enfilées livrées en continu par une chaînette : c’est la méthode des ateliers de couture, dix fois plus rapide sur les grandes surfaces.

Quelles perles choisir pour la broderie perlée ? Pour la broderie perlée, les rocailles tchèques sont légèrement irrégulières et donnent une surface vivante ; les perles japonaises (Miyuki, Toho) sont très calibrées, avec un trou plus large, idéales pour les alignements nets ; les délicas, cylindriques, s’emboîtent comme des briques. Choisissez selon l’effet : régularité pour le graphique, irrégularité pour la matière.

Comment coudre des paillettes en broderie ? Une paillette en broderie se coud de quatre façons : au point apparent qui traverse son trou, au point invisible caché sous la paillette suivante, arrêtée par une petite perle cousue en son centre, ou posée en écailles qui se recouvrent comme un poisson. En couture, le crochet de Lunéville les enchaîne pré-enfilées, par l’envers.

Quel fil utiliser pour broder des perles ? Pour broder des perles, utilisez un fil solide et fin : coton glacé ou ciré, polyester de couture doublé, ou fil spécial perlage en nylon. Le fil doit passer deux fois dans le trou de la perle, résister au bord parfois coupant des perles de verre, et rester discret ; cirez-le pour limiter l’usure et les nœuds.


L’artiste derrière Fra-Del s’est formé à l’école Lesage à Paris et perle à l’aiguille comme au crochet de Lunéville, sur toile. À propos de Franck Delorme, artiste brodeur →

Les œuvres qui emploient cette technique

Découvrir les œuvres à venir

Laissez votre adresse et nous vous préviendrons dès qu’une nouvelle œuvre est en cours ou terminée.

Ce que nous faisons de votre adresse