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Broderie de Lunéville et broderie tambour : comment fonctionne le crochet

6 août 2026

Sommaire
Reflets bleus
Reflets bleus · Crochet de Lunéville sur toile

La broderie tambour est un point de chaînette exécuté avec un crochet fin plutôt qu’à l’aiguille. Le tissu est tendu comme une peau de tambour sur un métier ; le crochet le perce par le dessus, attrape le fil présenté par-dessous et remonte une petite boucle à travers la précédente. Chaque boucle verrouille la dernière, et les points forment une chaînette continue. Comme le fil n’a jamais à traverser entièrement le tissu, le même geste pose aussi perles et paillettes plus vite qu’aucune technique à l’aiguille. Cette vitesse explique que les ateliers de broderie haute couture parisiens brodent encore ainsi leurs robes.

La broderie de Lunéville est la branche couture française de la même technique. Si vous avez cherché les deux termes en vous demandant s’ils désignent deux métiers différents : ils nomment le même geste, avec deux histoires attachées.

Les trois noms de la broderie tambour

Nom D’où vient le nom Ce que le mot désigne aujourd’hui
Tambour Du métier à broder, tendu comme la peau d’un tambour. Le crochet lui-même arrive d’Asie en Europe au XVIIIᵉ siècle Le terme générique : toute broderie au crochet en point de chaînette, sur n’importe quel tissu, le fil généralement sur la face visible
Lunéville De la ville de Lorraine dont les ateliers perfectionnent la technique à partir de 1810 environ La version couture : travaillée par l’envers d’un tissu transparent, perles et paillettes enfilées sur le fil avant de commencer
Aari (zardozi) De l’Inde, où la technique est née ; l’ancêtre des deux autres Broderie au crochet travaillée à l’endroit, souvent en fil métallique sur étoffe épaisse

Une règle utile : toute broderie de Lunéville est de la broderie tambour, mais du tambour sur une veste en jean n’est pas du Lunéville. Les fournisseurs mélangent librement les mots ; au moment d’acheter les outils, regardez l’objet plutôt que l’étiquette. Le crochet est le même dans les deux cas.

D’où vient la broderie de Lunéville

Les ateliers de Lunéville adoptent le crochet vers 1810, d’abord pour imiter la dentelle coûteuse par une chaînette blanche sur tulle. En 1865, un brodeur de la ville, Louis Ferry-Bonnechaux, se met à fixer perles et paillettes avec le même point ; cette variante perlée, le point de Lunéville, fait la réputation de la ville. Des ateliers entiers de Lorraine en ont vécu jusqu’au début du XXᵉ siècle, en brodant pour les maisons parisiennes.

Le lien avec la couture ne s’est jamais rompu. La maison Lesage, fondée en 1924 sur les archives du brodeur Michonet et propriété de Chanel depuis 2002, exécute toujours ses collections en Lunéville, et son école parisienne enseigne la technique dans la même progression qu’il y a un siècle : la chaînette d’abord, sur organza, pendant des heures, avant qu’une seule perle soit admise sur le fil. Je m’y suis formé, et cette lenteur est voulue. Le geste doit devenir automatique avant de devenir rapide. À Lunéville même, le château abrite un conservatoire qui garde les archives régionales et forme encore des brodeurs. La fresque entière, de Bayeux aux ateliers d’aujourd’hui, est racontée dans l’article Histoire de la broderie.

Comment se forme le point de la broderie tambour

Les descriptions de la broderie tambour s’arrêtent souvent à « une chaînette au crochet ». La mécanique mérite deux minutes, parce qu’elle explique à la fois la vitesse de la technique et les points perdus des débutants.

On travaille à deux mains. La main droite (par exemple) tient le crochet au-dessus du métier, comme un stylo. La main gauche vit sous le métier et ne fait qu’une chose : présenter le fil. Un point :

  1. Le crochet perce le tissu tendu, bec ouvert dans le sens du tracé.
  2. La main du dessous pose le fil dans le bec.
  3. Le crochet remonte une boucle de fil à travers le tissu, à travers la boucle du point précédent, qui glisse et se referme autour d’elle.
  4. On avance de quelques millimètres le long du tracé et on perce à nouveau.

Tout le métier se cache dans l’étape 3. En remontant, le bec ouvert veut accrocher la trame du tissu ; la poignée fait donc un quart de tour en montant et un quart de tour en redescendant, à chaque point. Cette petite rotation des doigts, des milliers de fois par heure, est tout l’apprentissage. Une fois installée dans la main, la chaînette avance à une vitesse qu’aucune aiguille n’égale, parce qu’on ne renfile jamais et que la longueur du fil n’est jamais tirée à travers le tissu.

La chaînette a une faiblesse qu’il faut respecter : tirez sur le bout libre et toute la ligne se défait comme un tricot. Chaque tracé est donc verrouillé avant de couper le fil, en passant le bout dans la dernière boucle. Oubliez-le une fois, et une semaine de travail peut partir avec une manche.

Perles et paillettes : le point de Lunéville

Le perlage Lunéville ajoute une idée qui surprend tout le monde la première fois : on brode à l’aveugle, par l’envers.

Toutes les perles ou paillettes d’un motif sont enfilées sur le fil de travail avant le premier point. Le tissu, généralement un organza ou un tulle transparent, est monté dessin vers le bas. On exécute la chaînette sur l’envers ; avant chaque point, la main du dessous pousse une perle contre le tissu, et le point la verrouille. Les perles fleurissent sur la face qu’on ne voit pas. À travers un tissu transparent, on les devine assez pour se guider, ce qui est une raison honnête de la préférence traditionnelle pour l’organza.

Cette inversion rend le perlage couture économique. Un brodeur à l’aiguille pique les paillettes une à une dans une coupelle. Une main de Lunéville les enfile par milliers, puis brode simplement : une paillette par geste, sans jamais quitter le tracé des yeux.

Gros plan sur la chaînette au crochet de Lunéville, cou du cygne d’Odile

Le point de chaînette en gros plan, sur le cou d’Odile

Le matériel pour débuter la broderie de Lunéville

La liste est courte, et la précision compte plus que le budget.

  • Un crochet de Lunéville avec une pointe n° 80 ou 90. La pointe se visse dans un manche de bois et se change comme une plume. Le n° 70, le plus fin, passe dans une rocaille 11/0 ; les numéros supérieurs conviennent aux fils plus épais. Achetez une vraie pointe de Lunéville, pas un crochet à tricoter, qui ne perce pas le tissu.
  • Un métier qui tient le tissu tendu et laisse les deux mains libres. Un métier rectangulaire ou un métier de table convient ; un tambour tenu à la main échoue sur les deux points. La tension n’est pas un confort mais une condition de travail : sur un tissu mou, le crochet accroche et les boucles ratent.
  • De l’organza de soie pour apprendre. On voit sa main du dessous à travers, et c’est plus tard le support classique du perlage. L’organdi de coton convient aussi.
  • Un fil retors et glacé. Du fil à gant, ou un coton glacé de piqûre à la main. Le fil à coudre ordinaire s’effiloche contre le bec du crochet en quelques minutes, ce que les débutants prennent pour leur propre faute.
  • Plus tard, des perles pré-enfilées. Les bottes de rocailles enfilées se transfèrent sur le fil de travail en quelques secondes. Les perles en vrac coûtent une soirée d’enfilage par motif.

Comptez deux ou trois jours de pratique pour la chaînette, et quelques semaines pour un premier perlage. Comptez beaucoup plus longtemps pour la régularité, ce qui distingue réellement le travail couture. Mon propre premier mois d’échantillons avait des rangs qui serpentaient comme une route de campagne.

Pourquoi je brode au crochet de Lunéville sur toile

La tradition pose le travail de Lunéville sur des supports transparents. La plupart de mes pièces le posent sur une toile de peintre, tendue sur châssis, où la chaînette voisine avec la peinture à l’aiguille, le fil d’or et les perles. Des œuvres comme Odile, Saint-Saëns et Reflets bleus sont entièrement chaînées au crochet de Lunéville ; dans Fleur noire, c’est lui qui porte les paillettes.

La toile se dispute avec le crochet. La trame est dense, chaque perçage coûte de la force, et l’on perd la transparence qui laisse surveiller la main du dessous : la partie aveugle de la technique devient vraiment aveugle. J’accepte l’échange parce que la toile permet à la broderie d’être accrochée comme un tableau, sans verre, et que le relief des points accroche la lumière rasante comme le tulle ne le fera jamais. Je ne ferais pourtant pas débuter quelqu’un sur toile ; apprenez sur organza, où le tissu pardonne.

Fleur noire, pétales au crochet de Lunéville semés de paillettes noires

Fleur noire : c’est le crochet qui porte les paillettes

Questions fréquentes

La broderie de Lunéville et la broderie tambour, est-ce la même chose ? Oui, la broderie de Lunéville et la broderie tambour désignent la même technique : un crochet, un tissu tendu, un point de chaînette. Lunéville nomme la pratique couture française, travaillée par l’envers d’un tissu transparent avec perles et paillettes pré-enfilées, tandis que tambour désigne la famille entière de cette broderie au crochet.

La broderie tambour est-elle difficile à apprendre ? Non, la broderie tambour est plus facile à débuter que la plupart des broderies, parce que le geste est un seul mouvement répété. Le quart de tour du crochet demande quelques jours pour devenir réflexe. Ce qui demande des mois, c’est la régularité : des chaînettes où aucun point ne trahit une hésitation.

Peut-on broder au tambour sur autre chose que l’organza et le tulle ? Oui, on peut broder au tambour sur tout tissu tissé qui se laisse tendre : crêpe, velours, jean, cuir ou toile. Les tissus extensibles ne conviennent pas, parce que le support ne doit pas céder quand le crochet le perce. Plus la trame est dense, plus chaque point demande de force.

Les maisons de couture utilisent-elles encore la broderie de Lunéville ? Oui, les maisons de couture utilisent toujours la broderie de Lunéville. Les ateliers qui brodent pour les maisons parisiennes, Lesage en tête, exécutent les pièces perlées et pailletées avec cette technique, parce que l’embellissement pré-enfilé sur un fil continu reste la façon la plus rapide de perler une surface régulièrement.


L’artiste derrière Fra-Del s’est formé à l’école Lesage à Paris et travaille le crochet de Lunéville, le fil d’or et les perles sur toile. À propos de Franck Delorme, artiste brodeur →

Les œuvres qui emploient cette technique

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