Les points de broderie : les sept points qui portent mes œuvres
19 août 2026
Sommaire
- Quel point de broderie choisir ? Le tableau de décision
- Le point fendu, le contour discret
- Le point de tige, la ligne qui tourne
- Le point de chaînette, du dessin au remplissage
- Le passé plat, la surface qui brille
- Le passé empiétant, le point des dégradés
- Le point de nœud, la texture en masse
- La couchure, le point des fils qui ne passent pas
- La direction des points de broderie et la lumière
- Questions fréquentes

Il existe des centaines de points de broderie répertoriés ; mes œuvres tiennent sur une poignée. Ce n’est pas un manque, c’est une méthode : chaque point est un outil avec un usage précis, et savoir lequel prendre compte plus que d’en connaître cent. Voici les sept points qui portent tout ce que je fais, chacun montré là où il travaille vraiment, dans une œuvre, avec la raison de sa présence et le moment où il ne faut pas l’utiliser.
Quel point de broderie choisir ? Le tableau de décision
| Vous voulez | Le point qu’il faut |
|---|---|
| Un contour fin et net | Point fendu, ou point de tige |
| Une ligne qui tourne (tiges, courbes) | Point de tige |
| Une ligne décorative, épaisse | Point de chaînette |
| Une petite surface lisse et brillante | Passé plat |
| Une grande surface, un dégradé | Passé empiétant |
| Du grain, du relief, une masse vivante | Points de nœud |
| Poser un fil précieux, épais ou fragile | Couchure |
Le reste de l’article déplie chaque ligne de ce tableau.
Le point fendu, le contour discret
Le geste : un point droit, puis l’aiguille remonte en fendant le fil du point précédent, par son milieu. La ligne obtenue est fine, souple et légèrement en relief, sans le grain perlé du point arrière. C’est le point le plus sous-estimé du répertoire : les visages des broderies médiévales d’Opus Anglicanum sont entièrement en point fendu, et c’est lui qui, cousu sous un passé plat, donne ce bord net et surélevé qui fait la différence entre une forme brodée et une forme découpée. Quand ne pas le prendre : avec les fils retors très serrés, qui refusent de se laisser fendre proprement.
Le point de tige, la ligne qui tourne
Le geste : des points couchés l’un contre l’autre, chaque nouveau point partant du milieu du précédent, toujours du même côté. La ligne se torsade légèrement, comme une cordelette, et épouse les courbes sans casser. C’est le point des tiges, du nom même, et celui que je prends pour les branches brodées, comme la tige brune qui porte les fleurs de Fleurs dorées. Quand ne pas le prendre : dans les angles vifs, où sa torsade fait un coude mou ; là, le point fendu reprend la main.
Le point de chaînette, du dessin au remplissage
Le geste : une boucle de fil tenue par le point suivant, qui ouvre sa propre boucle, indéfiniment. En ligne, la chaînette fait un trait épais et souple ; en rangs serrés, elle remplit des surfaces entières avec une texture de tricot. C’est le point unique du crochet de Lunéville, qui le produit en continu, par l’envers, à grande vitesse : le cou de mon cygne Odile est rempli fil à fil de chaînettes blanches sur blanc, et toute la broderie de couture repose sur cette boucle. Quand ne pas la prendre : pour les contours très fins, où elle pèse trop.
Le point de chaînette, rang après rang
Le passé plat, la surface qui brille
Le geste : des points parallèles, posés bord à bord, qui traversent toute la forme. Rien de plus simple à décrire, rien de plus difficile à réussir : la brillance vient du parallélisme exact, et le bord net vient d’un contour préparé au point fendu par-dessous, qui bourre et surélève la surface. C’est le point des pétales, des becs, des petites formes pleines. Sa limite est physique : au-delà d’un centimètre de portée, les fils flottent, s’accrochent et s’affaissent. Une forme plus large se remplit en passé empiétant, ou se couvre en couchure.
Le passé empiétant, le point des dégradés
Le geste : un premier rang alterne points longs et points courts ; tous les rangs suivants, faits de points longs, viennent piquer dans les points du rang précédent. Les frontières entre rangs se décalent et disparaissent : on peut changer de nuance à chaque rang sans que l’œil trouve la couture. C’est le moteur de la peinture à l’aiguille, et le point de tout ce qui porte poil ou plume dans mes toiles : le pelage de Chevreuil est monté poil à poil ainsi, du roux au blanc. Quand ne pas le prendre : sur les toutes petites formes, où le passé plat est plus net et plus rapide.
Le passé empiétant : le dégradé obtenu poil à poil
Le point de nœud, la texture en masse
Le geste : le fil s’enroule une ou deux fois autour de l’aiguille, qui repique juste à côté de sa sortie ; le nœud se serre contre le tissu en une perle de fil. Un nœud isolé fait un point de détail, un cœur de fleur, un œil. Mais sa vraie puissance est démographique : posés par centaines, les nœuds font une matière granuleuse qui n’existe dans aucune autre technique. Le bas de ma toile Losange cuir est un champ de centaines de nœuds de raphia crème, noués un à un : de près des points, de loin une terre. Quand ne pas le prendre : seul au milieu d’une surface lisse, où il ressemble à un accident.
La couchure, le point des fils qui ne passent pas
Le geste : le fil précieux reste posé sur le tissu, sans jamais le traverser ; un second fil, fin et discret, le fixe par de petits points réguliers. C’est la réponse à une question de matière : le fil d’or, fait d’une lame de métal enroulée sur une âme de soie, casserait s’il traversait ; le fil épais déchirerait le tissu ; le fil fragile s’userait. La couchure est le geste central de la broderie au fil d’or, et la même logique pose les rangs de perles pré-enfilées, comme ceux qui cernent les pétales de Singapour. Quand ne pas la prendre : pour les fils ordinaires, qui passent très bien tout seuls.
La direction des points de broderie et la lumière
Un dernier savoir, transversal : à fil égal et à couleur égale, deux surfaces brodées dans deux directions différentes n’ont pas la même couleur. Le fil est un cylindre brillant ; il renvoie la lumière dans l’axe de sa pose. C’est pour cela que le passé plat d’un pétale suit la nervure, que le passé empiétant d’un pelage suit le poil, et que la direction se décide avant le premier point, en dessinant les lignes de pose sur le tissu. Un point bien choisi mais mal orienté reste un point raté.
Questions fréquentes
Quel est le point de broderie le plus facile pour débuter ? Le point de broderie le plus facile pour débuter est le point de tige : un geste régulier, qui pardonne les petites inégalités et suit bien les courbes. Le point de chaînette vient juste après, avec sa boucle simple à prendre. Commencez par des lignes, pas des remplissages : un contour réussi apprend la tension mieux que dix surfaces ratées.
Quel point de broderie pour remplir une surface ? Le point de broderie de remplissage dépend de la surface : passé plat pour les petites formes brillantes de moins d’un centimètre, passé empiétant pour les grandes surfaces et les dégradés, chaînette en rangs serrés pour un remplissage texturé, couchure pour couvrir avec un fil précieux ou fragile, nœuds massés pour un relief granuleux.
Quelle différence entre passé plat et passé empiétant ? Le passé plat couvre une forme en points parallèles de même longueur : une surface lisse, brillante, d’une seule couleur, qui s’effondre au-delà d’un centimètre de large. Le passé empiétant alterne points longs et courts, chaque rang piquant dans le précédent : il couvre sans limite de taille et permet des dégradés de couleur invisibles.
À quoi sert le point de couchure en broderie ? Le point de couchure sert à fixer sur le tissu un fil qui ne peut pas le traverser : trop épais, trop fragile ou trop précieux, comme le fil d’or. Le fil posé reste entièrement visible en surface, tenu par de petits points d’un second fil discret. C’est aussi la pose des rangs de perles pré-enfilées.
L’artiste derrière Fra-Del s’est formé à l’école Lesage à Paris et brode ses toiles avec les sept points de cet article. À propos de Franck Delorme, artiste brodeur →
Les œuvres qui emploient cette technique
Découvrir les œuvres à venir
Laissez votre adresse et nous vous préviendrons dès qu’une nouvelle œuvre est en cours ou terminée.




